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Sexsomnie : qu’est ce que c’est ?

La sexsomnie est un comportement sexuel anormal pendant le sommeil. Longtemps considéré comme un fantasme, ce trouble comportemental apparenté au somnambulisme est classé depuis peu parmi les pathologies du sommeil, et il pose de réels enjeux dans le domaine médico-légal.

Sexsomnie

Sexsomnie : définition

La sexsomnie (ou sexomnie) appartient à la catégorie des parasomnies, des troubles du sommeil regroupant des phénomènes comportementaux ou psychiques indésirables en dormant.

La sexomnie se manifeste par un comportement sexuel tourné vers soi-même ou vers autrui pendant le sommeil. Un patient somnambule affecté de sexomnie ne conserve généralement aucun souvenir de ces épisodes nocturnes au réveil. Ils sont donc généralement découverts grâce à un témoin ou une vidéo-polysomnographique, un examen complet du sommeil. 

 Si la sexomnie est aujourd’hui reconnue comme une pathologie du sommeil, sa classification varie :

  • Pour l’ICSD-3 (International Classification of Sleep Disorders, 3ème édition), c’est un éveil confusionnel, car contrairement au somnambulisme, le patient ne quitte pas son lit ;
  • Pour le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 2015), c’est un trouble de l’éveil en sommeil non paradoxal considéré comme une forme de somnambulisme.

Les épisodes de sexsomnie peuvent se produire chaque nuit pendant quelques jours, puis cesser pendant des mois. Il arrive par ailleurs qu’un patient n’en expérimente qu’une au cours de sa vie.

Comprendre la sexomnie

Au cours de la nuit, nous enchaînons plusieurs cycles de sommeil composé de différentes phases de sommeil :

  • Le sommeil lent léger – comportant deux stades, le stade N1 d’endormissement et le stade N2 de transition vers le sommeil profond ;
  • Le sommeil lent profond, caractérisé par un rythme cardiaque lent, une pression artérielle basse et une activité cérébrale faible ;
  • Le sommeil paradoxal ou sommeil REM (Rapid Eye Movements), qui se caractérise par des mouvements rapides des yeux sous les paupières fermées et une activité cérébrale intense

Le sommeil paradoxal dure environ 15 à 20 minutes par cycle et représente 20% du temps total de sommeil. C’est durant cette phase que se produisent généralement les épisodes de sexomnie. 

On distingue toutefois deux types de sexomnie : les sexsomnies du sommeil paradoxal et les sexomnies du sommeil lent.

Les sexsomnies du sommeil paradoxal

La sexsomnie se manifeste le plus souvent en début de nuit, pendant les phases de sommeil paradoxal. Parmi les sexomnies du sommeil paradoxal, on distingue principalement :

  • L’exhibitionnisme ;
  • Les TCSP (troubles du comportement en sommeil paradoxal) : le patient conserve son tonus musculaire et il a donc la possibilité de bouger tandis qu’il fait un cauchemar ou plus largement durant ses rêves nocturnes ;
  • La catathrénie, le fait d’émettre des sons à caractère sexuel.

Les sexsomnie du sommeil lent

Quoique ce soit moins courant, la sexsomnie se produit parfois en phase de sommeil lent. Le syndrome d’Elpénor (ou éveil confusionnel), un phénomène d’ivresse du sommeil lorsque le patient se réveille brusquement durant une phase de sommeil lent profond.

Sexsomnie : les causes

Tout comme le somnambulisme, la sexsomnie semble pouvoir être favorisée par un facteur génétique. Elle peut être associée à d’autres troubles du sommeil, notamment l’apnée du sommeil. 

Quoique la sexsomnie soit encore mal connue, on note des facteurs aggravants ou des déclencheurs fréquents :

  • Un manque de sommeil consécutif à un temps de sommeil trop court pendant plusieurs nuits ;
  • Les troubles du système nerveux central, notamment l’épilepsie ;
  • Le stress.

Les sexomnies du sommeil lent peuvent être d’origine médicamenteuse, et provoquées notamment en cas de prise de médicaments dopaminergiques, généralement utilisés dans le traitement du syndrome des jambes sans repos ou de la maladie de Parkinson. Elles peuvent se produire en cas d’addiction provoquant des crises de manque (codéine ou valium).

Les sexsomnies du sommeil paradoxal peuvent être provoquées par :

  • Le syndrome de Kleine-Levin, maladie rare (1 personne sur 500 000) affectant principalement les hommes (70% en moyenne) qui provoque des troubles cognitifs, de l’anxiété, des troubles de l’humeur et une désinhibition sexuelle ;
  • Une consommation excessive d’alcool ;
  • Le mélange d’alcool et de médicaments, notamment les anxiolytiques et les somnifères.

Le traitement de la sexomnie dépend principalement de son origine. Il est recommandé de se tourner vers un centre spécialisé disposant d’un service de pathologies du sommeil. C’est généralement une thérapie comportementale qui est proposée et, parfois, un traitement par antidépresseur.

Sexsomnie : les précautions à prendre

Pour les personnes atteintes de sexsomnie, il est important de systématiquement prévenir leur partenaire. En effet, les épisodes peuvent être impressionnants, la personne endormie se montrant nettement plus brutale et en employant un langage plus crû que dans son état normal. Il est aussi recommandé de ne jamais dormir avec son enfant, afin de ne pas l’exposer au moindre risque.

La sexsomnie : un enjeu médico-légal

La sexomnie est rare : on estime qu’elle n’affecte que 10% des somnambules. Cette pathologie du sommeil affecte davantage les hommes (11%) que les femmes (4%). Si elle est de plus en plus largement abordée dans les médias, voire dans les œuvres de fiction, elle demeure mal comprise et encore trop souvent associée à une éventuelle perversion ou, au contraire, à une sexualité épanouie.

Or, si cette parasomnie est parfois sans gravité, elle peut avoir des conséquences psychologiques et sociales, mais aussi juridiques, puisque des cas de viols, dont des violences sur mineurs, sont avérés. Lors des sexsomnies du sommeil paradoxal, les patients ne quittent pas leur lit après être allés se coucher. Les agressions peuvent en revanche se produire en cas de syndrome d’Elpénor, survenant suite au réveil pendant une phase de sommeil lent profond. Ce syndrome est d’ailleurs quelquefois nommé « somnambulisme délictueux ». 

La sexomnie constitue un enjeu médico-légal, car elle est fréquemment invoquée par la défense dans le cadre de procédures pour viol. Il est donc important de garder à l’esprit que la sexomnie est une pathologie survenant durant les temps de sommeil et qu’elle ne doit en aucun cas être confondue avec des actes ou des pulsions survenant au cours d’une période d’éveil.